Propos

Charlie B est d'abord un regard. Un regard sensible aux seuils, aux espaces de transition, à la beauté dans ce qui naît et se défait.

C'est en 2008 que Charlie engage ses premières recherches artistiques. Deux pratiques photographiques menées en parallèle : la photographie composite, axée sur les corps, où l'on assemble ce qui n'a jamais coexisté pour faire venir au monde une scène qui n'a pas eu lieu. Et l'urbex, l'exploration des bâtiments oubliés, de ces lieux qui ne sont plus tout à fait habités, pas encore tout à fait effondrés. Des espaces suspendus, saturés de présences absentes. Deux pratiques qui partageaient la même intuition : ce que l'image doit montrer n'est jamais dans le réel disponible. Il faut le construire, ou aller le débusquer dans les marges de l'invisible.

L'IA générative est ce qu'attendait ce regard. Pas une découverte, une rencontre. Reconnaître au premier regard l'outil qu'on cherchait depuis longtemps. Le médium n'est pas un choix esthétique. C'est une nécessité poétique.

Ce que les deux pratiques antérieures cherchaient de manière distincte, le travail actuel l'étend à la chair, à l'os, à l'enveloppe. Les ruines deviennent organiques. Le seuil n'est plus seulement celui d'un bâtiment, c'est désormais aussi celui d'un corps. Les peaux s'ouvrent sur des racines. Les enveloppes retiennent ce qu'elles cachent. Les visages se dérobent à ceux qui les regardent. Les corps s'étreignent et se défont doucement vers quelque chose de plus vaste qu'eux. L'enfance se tient sereine au seuil de ce qui devrait l'effrayer. La même obsession, poursuivie sur deux décennies, qui change simplement de matière.

Toujours la même attention, à ce qui n'est ni tout à fait là ni tout à fait parti. À l'instant juste avant la dissolution, ou juste après. Au moment où la frontière vacille, entre le végétal et l'organique, entre le vivant et le minéral, entre l'enfant et la créature, entre la chair et le linceul. Pour Charlie, le vivant ne s'arrête pas à la mort apparente, il continue son travail souterrain, il rejoint d'autres formes, il alimente d'autres cycles. La frontière que l'on trace si nettement entre ce qui vit et ce qui ne vit plus est une convention bien utile pour ne pas voir. Le réel, lui, ne connaît que des passages.

Une société qui se nourrit sans avoir vu mourir, qui place la vieillesse et la maladie à l'écart, qui maquille ses morts pour qu'ils ressemblent encore à des vivants, qui chasse la pourriture et désinfecte la trace, cette société perd quelque chose d'essentiel sur ce qu'elle est. Elle se croit séparée du mourant, d'une partie intégrante du vivant. Cette séparation produit une angoisse sourde qui ne peut pas se dire, parce que sa source a été enlevée du langage commun. Le travail tente de rendre regardable ce qui a été congédié. Pas par provocation, mais par et pour la beauté de ce qui disparaît.

Une beauté qui n'est pas celle des canons, des modes, des tendances. Une beauté qui ne pose pas, qui ne cherche pas à plaire, qui ne demande pas qu'on la trouve. La beauté du vrai, du marqué, de l'imparfait, du passage, du grotesque même. La ride, l'asymétrie, la tache, la cicatrice, la peau qui se souvient. Ce que l'époque chasse hors du visible parce qu'elle a peur de s'y reconnaître.

D'autres pièces vont plus loin, dans une zone explicitement politique. Ces œuvres sont une conséquence directe, l'extension d'un même refus de la mise à l'écart, qu'elle concerne la mort, la vieillesse, ou les humains que les sociétés marquent pour les exclure.

Certains de ces travaux ont été présentés au Grand Palais (Art Capital 2025) et à l'Orangerie du Parc André Citroën.


  • l'Adieu

  • Féroce

  • Le Giron

  • La Lignée

  • Butterfly Effect

  • Nymphal

  • Loups Cardinaux

  • AD VITAM

  • Pégase

  • Carnaval

  • La Morsure de l'hippocampe

  • Marianne

  • MORE

  • Ci-gît

  • Un bleu pur enfin.

  • HIDDEN

  • Nekros Opsis {Sewn souls}

  • BEAST

  • Les Petits Pas

  • OREMUS-Les Dévots